Autofictions    23 novembre 2007 - 12 janvier 2008

Philippe RametteArnulf Rainer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est ce que c’est, l’autofiction ? Le terme, en littérature, s’est galvaudé, et a fini par s’appliquer à toutes sortes de confessions, de récits autobiographiques – alors qu’il désignait, initialement, selon Serge Doubrovski, des textes dont le matériau relève de l’expérience vécue par l’auteur, plus ou moins transposée, mais dont la forme et la fonction sont spécifiquement romanesques (en gros : de Proust à Marguerite Duras et à Claude Simon, de Céline à Thomas Bernhard).
L’hypothèse de départ de cette exposition, c’est qu’il existe une veine équivalente dans les arts plastiques. AUTOFICTIONS, en ce sens, peut désigner, à la différence des simples autoportraits, ou des photos se contentant de fixer la trace d’une performance, toutes ces œuvres où l’artiste s’est servi de sa propre image comme matériau – mais en la déformant, en la travestissant, en la métamorphosant, en la picturalisant, ou en la projetant dans un univers fictionnel (narratif, poétique, ou purement imaginaire). Une telle veine, selon des modalités diverses, traverse toute l’histoire de la modernité, jusqu’à aujourd’hui : il y aura donc, dans l’exposition, la plus grande variété de styles, de techniques, mais aussi la plus grande diversité de générations. L’art contemporain, probablement, se situe pour l’essentiel dans la tension entre deux pôles contradictoires : le premier, hérité du mouvement Dada, de l’attitude situationniste, est celui qui postule que l’art, outrepassant toute forme de représentation, doit désormais passer directement dans la vie ; le second, à l’inverse, enregistre le fait que nous vivons désormais dans un monde saturé d’images, que notre musée imaginaire dispose aujourd’hui de toutes les cultures, des plus proches aux plus lointaines, des plus savantes aux plus populaires, et soutient que la création ne peut être innocente face à une telle situation, qu’elle se doit de traiter explicitement. Il est permis de penser que les œuvres les plus importantes de notre temps sont celles qui avivent cette tension, au lieu de l’atténuer ou de la neutraliser ;qui suscitent, entre ces deux pôles opposés, le maximum d’électricité. En ce sens, l’AUTOFICTION apparaît comme un territoire artistique privilégié : puisqu’il s’agit, tout à la fois, de « faire de son corps, une œuvre d’art », selon un principe d’immanence, d’immédiateté ; et de propulser cette immanence, paradoxalement, dans un régime d’allusions culturelles, de détournement des codes et de jeu avec leurs connotations.

Guy Scarpetta