Frédéric Platéus 25 avril - 31 mai 2008
Frédéric Platéus développe un parcours à la confluence de nombreuses influences importées, résultat des hybridations d’un monde globalisé. Les sous-cultures peuvent ici être entendues comme la conquête d’un espace de jeu pour la réinvention des identités et la redéfinition des hiérarchies culturellement admises. Pour l’exposition Slam Dunk Case - dont le titre évoque une figure technique du basktetball américain qui fait passer pour aisé un incroyable effort physique –, il donnait à voir un ensemble de ses sculptures Bomb R, à partir de la stylisation de la lettre R, transposée du graffiti à la 3D et gonflée à la ma-nière throw up, habituellement associée à la peinture à l’aérosol. Réunies dans la galerie sur un plancher de basketball, les Bomb R sont à la fois identiques dans leur forme et différentiées par les couleurs : tel un gang prenant la pose, chacune dé-cline des signes distinctifs particuliers tout en affichant leur appartenance à un groupe. Le R est néanmoins plutôt abstrait, issu de la conjonction de plusieurs styles appartenant à différentes traditions du graff : une langue confidentielle seulement lisible par les membres d’un crew aptes à la décoder.
Le graffiti porte en lui-même le désir de produire des effets 3D, autant dans les motifs graphiques de perspective et mouve-ment que dans sa relation avec l’espace, cherchant à augmenter l’impression d’une invasion de la ville à travers les murs. Le passage d’un environnement urbain à l’espace de la galerie, active des modes de lecture qui se concurrencent : s’agit-il d’une sculpture au design high-tech, cherchant à effacer toute trace d’exécution manuelle, à l’image des minimalistes américains voulant mettre à distance l’expression démiurge d’une subjectivité ?
Frédéric Platéus s’est introduit dans une communauté dédiée à la customisation de Rubik’s cubes, à partir de l’étude sur les possibilités de division d’un polyèdre selon des axes de section symétriques. Ses Twisty Puzzle, dont des exemples de mani-pulation sont visibles sur You Tube, ressemblent fortement à une sculpture futuriste tombée d’un vaisseau spatial. Fasciné par le fait que les axes de coupe d’un Rubik’s cube directement liés à la géométrie moléculaire, il a décidé d’appliquer une méthode analogue de découpe à des portraits (dans la série Scrambled). Parmi les personnes ainsi diffractées, on y trouve autant l’astrophysicien Jean-Yves Plesseria, ainsi qu’une femme Lieutenant Général de l’armée américaine, ou le computer scientist Frank Tiex. Malgré l’explosion visuelle, tous les éléments de l’image y sont, il suffit de les décoder – une stratégie de camouflage, dont il était déjà question dans une de ses précédentes sculptures, qui semble être une métaphore exemplaire pour son travail. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que l’artiste soit fasciné par des domaines de connaissance aussi spéci-fiques : qu’il s’agisse d’astrophysique, de graffiti ou d’histoire de l’art, le plaisir à regarder ses sculptures est indissociable du niveau de connaissance des règles et codes de chacune de ces zones de recherche et de notre capacité à circuler et à sauter les barrières entre elles.
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